Sur les traces des femmes du Rif

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أنوال.نت- هذا نص مداخلة السياسية البلجيكية من أصل مغربي السيدة فتحية السعيدي في ندوة: عبد الكريم من القبيلة إلى الجمهورية، والتي نظمت في العاصمة البلجيكية بروكسيل، يوم 10 مايو الجاري.

Introduction

Fatiha SAIDI* – Je remercie Mohamed El Battiui qui me donne l’opportunité de vous présenter cet exposé sur les femmes du Rif. Cette intervention est le fruit de témoignages que j’ai recueillis, entre 2008 et 2013, auprès d’une vingtaine de femmes rifaines, âgées de 65 à 103 ans. Les femmes rifaines ont peu ou prou figuré dans les ouvrages et dans l’histoire de leur pays. Une histoire pourtant riche qu’on ne leur a pas permis de faire connaître et c’est ce que j’ai tenté de faire, avec un vif intérêt car écrire leur histoire c’est aussi questionner la nôtre.

Ces femmes, dont plusieurs sont décédées depuis, m’ont légué des souvenirs, des modes de vie, des croyances qui m’étaient inconnus. Moi, femme féministe, occidentalisée, n’ayant jamais vécu dans le Rif, je pensais que le fait d’être Rifaine m’octroyait, de fait, la connaissance sur les femmes du Rif. Or, ce que je pensais être du savoir n’était en fait que des préjugés à l’égard de mes aïeules. Pétrie de mes certitudes, je voyais en elles des femmes soumises, mariées de force, recluses, vivant avec un mari, sans amour et se contentant de lui donner des enfants. Mes rencontres avec elles m’ont menée vers d’autres réalités que je me fais un plaisir de partager avec vous aujourd’hui. Vu le temps qui nous est imparti, je ne vous ferai part que de quelques constats généraux tirés des témoignages recueillis et dans la seconde partie de mon intervention, puisque la journée d’aujourd’hui est consacrée à Abdelkrim, je rendrai aussi un hommage à mes deux amies Aïcha et Meriem El Khattabi, les deux filles de Moulay Mohand qui, lors de chacune de nos rencontres, me gratifient de leur confiance et de leurs confidences que je recueille précieusement. Leurs témoignages permettent de donner d’Abdelkrim, des informations sur la vie privée de l’homme, en tant que père et qu’époux car généralement le portrait que l’on en dresse est celui de l’homme politique et public.

Je tiens à souligner que cette intervention n’est qu’une première ébauche des multiples interviews que j’ai réalisées tant avec les femmes du Rif qu’avec mes amies Aïcha et Meriem El Khattabi et ne constitue nullement un travail abouti. Je remercie toutes les personnes qui m’accompagnent de leurs conseils précieux ou qui me fournissent des documents ou des photos, me permettant ainsi d’étayer ou d’objectiver mon matériau de témoignages. Je citerai ici Mohamed Cheikh, Abdessamad et Mohamed Halhoul, Labib Fahmy, Mohamed El Ayoubi et Mohamed El Battiui.

 Mes aïeules, ma mémoire

Je ne trouverai jamais les mots vivaces et précis qui me permettraient de remercier toutes les femmes rifaines qui m’ont permis de les rencontrer, de sonder leur passé, leur mémoire, savoir qui elles étaient, qui elles sont devenues, comment elles vivaient, les relations qu’elles ont entretenues avec leur conjoint, comment elles étaient perçues dans leur société…? Vu les tranches d’âge des femmes que j’ai choisies, il y avait un pan de l’histoire sur lesquelles je souhaitais avoir leur témoignage : Comment ont-elles vécu la période de famine, qui a poussé des milliers de personnes vers l’exil? Comment ont-elles vécu les périodes de colonisations? De quoi leur vie était-elle faite? De quoi et comment ont-elles occupé leur journée? Comment ont-elles accouché? Comment se sont-elles mariées? Etaient-elles dépendantes d’une autorité masculine ou se sont-elles rebellées? Voici, sans exhaustivité, une série de questions qui se bousculaient dans ma tête quand j’ai souhaité concrétiser ce projet. Un projet qui mûrissait dans ma tête et dans mes rêves depuis longtemps mais dont je mesurais la difficulté, l’ampleur mais aussi l’urgence.

La difficulté car se livrer, se révéler, parler de soi, partager un moment d’intimité avec une inconnue et surtout lui faire confiance n’est pas chose aisée. Et c’est là que je tiens à remercier Mohamed Cheikh, qui m’a donné les clés pour pénétrer dans l’univers des femmes. Mohamed a une connaissance très pointue de la région du Rif qui lui colle littéralement à la peau et ses interventions nombreuses dans l’ensemble des douars de la Région, lors du tremblement de terre, en février 2004, lui ont permis de rencontrer de multiples personnes et surtout les femmes qui, très souvent, sont en première ligne, dans les situations de conflits, de crises ou de catastrophes naturelles.

L’ampleur de la tâche car, une fois les interviews terminées, s’en suit un travail laborieux de retranscription, de traduction -ma pratique de la langue amazighe m’a permis de faire ces interviews sans intermédiaire- et de mise en forme littéraire dans la plus stricte fidélité des propos recueillis.

L’urgence car nos aînées sont en partance, emportant avec elles savoir, traditions et souvenirs. Nombre de celles que j’ai rencontrées sont décédées depuis.

Aucun homme n’a assisté aux interviews et cette mesure nous a permis d’échanger librement, entre femmes, de parler de tous les sujets, sans aucun tabou. J’ai été très impressionnée par leur structuration de la pensée et du récit, leur faculté de prise de paroles, leur liberté d’expression, même sur des sujets très tabous dans leur société comme la sexualité par exemple, leur recours à l’humour, à des métaphores, des chants (izranes). Comme si l’âge et l’étape de la vie dans laquelle elles se trouvent, les a libérées de toute contrainte sociétale, familiale et autre.

 Les rituels des cérémonies

Les fêtes et plus particulièrement les mariages sont des moments importants qui ont ponctué la plupart des récits. Les rituels nombreux et variés, en fonction de l’appartenance géographique des femmes, soumettent la mariée à une série de recommandations bien strictes : elle ne peut pas manger de viande le jour de son mariage, elle doit casser une jarre pleine d’eau en partant de la maison parentale, elle ne peut pas regarder derrière elle… Avant de rejoindre son futur époux, on lui appliquera du henné sur les mains et les pieds. La pose du henné est un moment important des cérémonies du mariage et répond également à une série de codes variables en fonction des régions : il ne peut être appliqué à la mariée ou au marié par un/e orpheline, une femme divorcée ou une femme mariée. La mariée parée de ses plus beaux atours, des bijoux en argent, la célèbre «thassabnacht», grand foulard aux couleurs vives et aux longues franges, la coiffe «koubath» tressée avec du bois de caroubier «thasrigroua» est sortie de la maison, portée par un frère ou, à défaut, par un homme de la famille et installée sur une jument.

Et, comme lors de chaque fête, de la cour intérieure de la maison (azqaq) s’élèvent les chants féminins, les fameux «izranes», ponctués par les rythmes du «adjoun» (bendir) et les you-you. Ces chants, composés par les femmes et les jeunes filles sont, tour à tour, de véritables moments de complicité, d’adversité, de règlements de comptes ; ils deviennent ainsi une méthode de communication métaphorique et audacieuse dont il faut posséder les codes pour les appréhender. Véritable exercice de créativité, ces vers sont souvent créés sur le champ et adaptés à la situation du moment. Ils peuvent, tout à la fois, traduire un message amoureux, lancer un défi, humilier une adversaire réelle ou potentielle, carboniser un «ex». Ainsi, l’amoureux visé se reconnaîtra bien vite, de même que la belle-mère tyrannique ou la belle-sœur pimbêche…

Aux mariages, succèdent les accouchements suivis par de grandes fêtes surtout si le premier-né est un garçon. Pour certaines, ces fêtes furent d’agréables moments mais pour d’autres, trop souffrantes, elles n’ont pas pris part aux festivités. Les accouchements se déroulaient à domicile et chacun leur a laissé un souvenir précis et parfois traumatisant. Comme celui de Ouazna qui n’a eu qu’une fille et qui est persuadée qu’elle est devenue stérile car elle a pris froid, en sortant sous la pluie, quelques jours après son accouchement. Des décennies plus tard, la culpabilité veille… Quant à Fatima, l’accouchement de ses cinq enfants ne lui a laissé ni traumatisme ni souvenir particulier. Un acte ordinaire, qu’elle assumait seule, sans assistance car elle ne supporte pas la présence d’une étrangère à ses côtés. D’un ton anodin, elle m’explique : «Mes 5 enfants, je les ai mis au monde, toute seule. Dès que je sentais les premières contractions, je ne disais rien, je ne criais pas, je fermais la porte, accrochais la corde au plafond, accouchais, nettoyais, mettais mon bébé au lit et je retournais vaquer à mes occupations comme si de rien n’était. Lorsque je sortais et que mes voisines ou membres de ma famille me demandaient où était passé mon ventre, je répondais «il est à la maison»»..

 La vie familiale et les difficultés de la vie

Les femmes vivaient souvent en cellules familiales élargies et certaines l’ont évoqué avec nostalgie, en regard du manque de solidarité familiale qu’elles constatent aujourd’hui : «On vivait ensemble entre belles-sœurs, on se soutenait mutuellement, on s’entraidait, quand les enfants se disputaient on les rappelait à l’ordre. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Chacun vit seul au sein de sa propre petite famille. On ne peut imaginer que deux belles-sœurs vivent ensemble sous le même toit. Quand je me suis mariée, ma belle-sœur vivait dans la même maison que nous. On faisait le pain ensemble, on allumait le four traditionnel ensemble. Quand elle est morte, j’étais bien triste car elle faisait partie de ma vie». La promiscuité familiale a aussi été évoquée par certaines d’entre elles, comme un facteur qui leur a permis de résister aux difficultés qu’elles ont traversées, comme lors de la guerre du Rif (1920-1926), de la période de grande famine, de l’assaut brutal qu’elles ont subi en 1958. La famille élargie leur permettait de tenir le coup, de se serrer les coudes. Malgré les difficultés de la vie, le soir tombé, femmes et enfants se réunissaient, autour d’un plat en osier dans lequel elles collationnaient ce qui leur était tombé sous la main -quelques grains de maïs, quelques fèves grillés- en racontant, qui des contes, qui des blagues. «Parfois aussi on chantait, en grignotant «nos friandises faites maison». Les périodes de famine (années 40) sont restées très vivaces dans la tête des femmes que j’ai rencontrées. Dès qu’elles évoquaient ces années, leurs yeux s’assombrissaient et leur voix devenait grave. Certaines parlent des «années de la famine», d’autres des «années 60» car le blé coûtait 60 «doros», ce qui représentait une somme faramineuse, d’autres encore de «la terre rouge», car les hommes avaient beau la moissonner, elle restait rouge et inculte.

Leurs témoignages sur cette période de disette, où elles durent faire preuve de créativité mais aussi de restrictions culinaire sont terribles. «On utilisait un demi-oignon, on faisait cuire des potirons au four… Comme il n’y avait pas de blé, le pain était rare voire inexistant, témoigne Fatima. Je ramassais du pain rassis que je continuais de faire sécher sur les appuis de fenêtres et qu’on trempait dans le thé». Parfois le pain était remplacé par des pommes de terre et au plus fort de la période de famine, les femmes grattaient le sol très profondément pour déterrer le petit tubercule du «capuchon du moine» (kanouche). Ce tubercule était séché dans le four à pain (thayanouath) et quand il était bien sec il était réduit en poudre et utilisé en guise de farine.

La pauvreté frappait durement et les populations venaient à manquer de tout. «Nous n’avions pas beaucoup de vêtements et certaines femmes mettaient la djellaba de leur mari, le temps de laver leur robe et de la faire sécher». Beaucoup de familles prirent alors la décision d’émigrer qui, en Algérie (française à l’époque), qui du côté de Tetouan, Tanger, Ksar El Kebir (sous protectorat espagnol). Ouazna dont le père est mort en exil a quitté le Rif avec ses parents pour Ksar El Kebir, à ladite époque. «Nous y sommes restés pendant deux ans et nous avons reconstitué une petite communauté rifaine là-bas», se souvient-elle, en continuant : «Et sur la route, on entendait dire que des personnes étaient mortes de faim». Elle se souvient aussi des moments difficiles d’adaptation dans une ville où elle ne comprenait ni ne parlait l’arabe.

Quelques années plus tard, le drame de 1958, viendra frapper durement les Rifains. Les forces armées appelées «ikabane» (casques) par la population sèment la terreur dans la région. Des viols des femmes sont évoqués et provoquent la panique dans les familles. Dans le groupe de femmes que j’ai interrogées, aucune n’a pu me confirmer qu’une femme a été violée dans sa région mais toutes se sont cachées ou ont caché leurs filles. «Quand les ikabanes sont arrivés, ma fille Khadija avait 13 ans et je mourrais de peur car on me disait qu’elle pouvait être enlevée ou violée. Je me suis mise alors à lui chercher un abri pour la cacher. J’avais une très grande manne à blé qui pouvait contenir jusqu’à 20 « moude» (25 kg environ) de blé. Je voulais la mettre dedans mais mes amies m’ont vite dissuadée. Tu ne peux pas la mettre dans cette  manne car ils vont certainement la taper du pied s’ils arrivent. Alors j’ai songé à la cacher dans des fagots de bois mais à nouveau, mes amies m’ont dit «mais que veux-tu faire? Dès qu’ils arriveront, ils mettront le feu aux fagots». J’étais désemparée car je n’arrivais pas à trouver une cachette sûre pour mettre ma fille unique à l’abri! Je ne pensais ni à ma vie, ni à celle de mon mari, j’étais uniquement préoccupée par la sienne. Mais heureusement personne n’est passé par là».

 Des femmes de pouvoir

Les femmes du Rif, comme on peut le constater, ont vécu des moments difficiles et la majeure partie de leur vie, elles l’ont également passée à assumer des tâches tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la maison. Elles ont beaucoup travaillé, tout en s’occupant des enfants «un dans le dos et un dans le ventre», elles pétrissaient la pâte pour faire le pain, moulaient le blé, s’occupaient des repas des ouvriers qui construisaient les maisons ou qui moissonnaient… «On travaillait beaucoup, juste pour pouvoir nourrir nos familles. J’ai toujours dû apprendre à  me débrouiller alors je travaillais jour et nuit. Durant la nuit, avant de dormir quelques heures je m’organisais pour le lendemain. Je pétrissais la pâte pour le pain, je lavais le linge, nettoyais la maison. Ces heures de travail nocturne libéraient du temps pour ma journée qui commençait très tôt. Je faisais cuire mon pain et puis je partais pour trouver quelques produits à vendre». Car les femmes rifaines étaient un pilier économique de la famille et trouvaient une multitude de choses à monnayer, des figues séchées au soleil et des amandes ramassées et confiées à un voisin chargé de les écouler au marché, car le marché des hommes leur était interdit, l’une élevant une vache et vendant du beurre car le lait «ça ne se vend pas, ça s’offre», l’autre élevant des poules et vendant leurs œufs… Les plus adroites de leurs mains s’adonnaient à la vannerie, au filage de la laine ou à la poterie. Elles n’assumaient que les petits boulots qui leur permettaient de ne pas travailler pour quelqu’un mais les veuves qui ne pouvaient plus compter que sur elles-mêmes pour la subsistance de leur famille, ont été contraintes de le faire, «aidant les voisins, peignant les maisons qui se construisaient… en échange de quelques sous ou d’un peu de nourriture».

Leur autonomie financière est source de fierté pour elles car elles ont pu assumer la subsistance de leur famille mais aussi de tristesse «c’était beaucoup de misère, tomber, se relever, tomber, se relever… et faire ainsi grandir mes enfants mais malheureusement sans leur permettre de faire des études». Une revanche qu’elles auraient espérée sur leur propre illettrisme. Mais qu’on ne s’y méprenne pas car si elles sont illettrées, elles savent compter et ne se laissent pas rouler par le premier venu. Par contre, dès qu’il s’agit d’une période dans le temps ou de leur âge, les repères deviennent plus flous. Les questions, comme «quand es-tu née?» ou «quel âge avais-tu à cette époque?», sont suivies d’une série d’indications toutes aussi imprécises les unes que les autres : «quand mon père s’est remarié je devais avoir sept ans», «quand les étrangers (irroumiyane) ont jeté mon père en prison, je devais avoir 6 ans», «quand je me suis mariée, je devais avoir l’âge de ma petite-fille que tu vois ici», «j’ai passé huit fêtes de fin de ramadan (aïd) avec mon ex-mari avant qu’il ne me répudie».

Elles savent compter donc et aussi ne pas s’en laisser compter, même en présence du/des mari/s ou d’autres hommes de la famille. Elles sont, à plusieurs égards, stratèges, prévoyantes et savent ruser pour défendre leurs intérêts ou ceux de leur/s enfant/s.  Ouazna qui a été mariée deux fois, explique comment elle a divorcé de son premier mari. «Après une année de mariage, constatant que je n’étais toujours pas enceinte, et percevant une certaine impatience dans le chef de mon mari mais persuadée aussi que c’est lui qui était stérile, j’ai pris les devants et lui ai demandé le divorce. Je ne voulais pas qu’il prenne une seconde épouse ou que je devienne la domestique de toute sa famille. Soulagé, il m’a directement répudiée et quelques jours plus tard il se remariait». Et dans un sourire édenté, elle lance, triomphante : «je me suis aussi remariée et j’ai eu des enfants moi ! Contrairement à lui».

 Le mariage et la vie conjugale

De leur vie d’épouse, beaucoup gardent de bons souvenirs, avec des hommes qu’elles considèrent comme bons même si parfois, certains les battaient, affirmant alors, le plus naturellement du monde, que «les hommes de l’époque frappaient leurs femmes».

Si aucune d’entre elle n’a rencontré son futur mari au préalable et que «l’amour est venu après» pour reprendre leur propos, toutes furent unanimes cependant pour condamner le mariage forcé, estimant que ces types de mariages ne sont plus de notre époque.

Pour la majeure partie d’entre elles, après la mort du mari, il n’était pas question de se remarier, même en tant que jeunes veuves. Ce choix, elles le posaient, car elles ne voulaient plus dépendre d’un homme mais surtout parce qu’elles ne voulaient pas soumettre leur/s enfant/s à une autorité masculine autre que celle de leur père biologique.

Mais le mariage était parfois une nécessité qui leur permettait de vivre ou de survivre matériellement ou encore de ne pas subir les affres d’une marâtre dans la maison parentale, en cas de remariage du père. «Je me suis mariée avec un aveugle, tout en connaissant son handicap car la seule chose qui m’importait c’était de vivre décemment». «J’ai voulu me marier car je pouvais ainsi fuir toutes les corvées auxquelles mes belles-sœurs me soumettaient : m’occuper de leurs enfants, faire paître les troupeaux, aller vendre les produits au marché…».

 Les soins du corps et le maquillage

Outre la question des fêtes et des rituels, le mode de vie, dans les contextes difficiles, les rapports au sein du couple, nous avons bien sûr évoqué la question du corps, des soins, du maquillage, sans oublier les fameux tatouages que certaines d’entre elles arborent sur le menton ou sur le front. J’ai appris, en les côtoyant que les tatouages pouvaient prendre plusieurs formes  mais deux étaient fréquemment utilisés : soit le trait fin appelé «abrid» soit un trait fin parsemé de part et d’autre par des pointillés appelé «thafaryount». Elles se faisaient tatouer soit à la demande du mari qui trouvait cela beau, soit parce que c’était la mode et qu’elles voulaient aussi être à la page. Ici, l’adage «il faut souffrir pour être belle» prend tout son sens lorsqu’on sait que ces tatouages se pratiquaient en entaillant, à vif, l’épiderme avec un couteau ou une lame de rasoir. La plaie était ensuite badigeonnée durant quelques jours à l’aide de plantes ou autres pour noircir le tatouage (elles m’ont parlé de bouqnina, de thmannate, les gousses de fèves des marais, de suie…). Dans certaines régions, comme à Temsamane, par exemple, les femmes se faisaient aussi tatouer les mains et chaque «thakbitcht» (tribu) se distinguait par son tatouage spécifique. Les tatoueuses étaient des femmes qui se faisaient payer soit en argent, soit avec des denrées alimentaires (œufs, huile, sucre ou autre). La majeure partie des femmes tatouées que j’ai rencontrées ont dit regretter ces tatouages, qu’elles jugent, aujourd’hui, illicites, en regard de la religion.

 La médecine parallèle et les croyances

Se rendre chez un médecin, sauf en cas de très grande urgence, était un luxe impayable à l’époque. Dès lors, il fallait se débrouiller, confier son corps et son sort à des mains pseudo-professionnelles, en dehors des conditions d’hygiène et sanitaires les plus élémentaires. Mais il fallait surtout faire preuve d’une crédulité hors du commun, de cette fameuse «niyath», «que vous n’avez plus, aujourd’hui, ma fille. Avant, les gens se parlaient, se partageaient les remèdes». Ces remèdes étaient des échanges de bons procédés entre femmes et se pratiquaient surtout pour la contraception et pour «soigner» la stérilité. Pour éviter les grossesses rapprochées, elles ingurgitaient des perles noires (une par année de contraception souhaitée), procédaient à des fumigations, cachaient des amulettes constituées de cendres ou de plumes d’oiseaux, et ne les ouvraient qu’au moment où elles souhaitaient une grossesse…

Ces «remèdes» représentaient parfois des dangers pour la santé et certaines en étaient bien conscientes, comme Ouazna qui n’a eu qu’un enfant et qui refusait de soigner sa stérilité par des plantes qu’on lui conseillait de s’introduire par les voies vaginales. Elle avait une voisine qui avait utilisé cette herbe et qui avait enflé au niveau du bas ventre. «Elle était devenue difforme, ne parvenait plus à marcher et son mari a voulu la répudier. En plus, elle n’a jamais eu d’enfant ! C’est son exemple qui m’a dissuadée de suivre ce soi-disant traitement sinon je l’aurais fait».

Conscientes des progrès de la médecine d’aujourd’hui, mes interlocutrices jettent un regard critique sur ces remèdes d’antan mais restent cependant très attachées aux plantes auxquelles elles attribuent des vertus thérapeutiques. «Nous nous soignions mutuellement, entre femmes, avec des plantes médicinales et nous n’allions pratiquement jamais voir le médecin. On se soignait aussi avec les plantes (changoura, ariri, lakhzama,…). Aujourd’hui, nous ne fréquentons que les médecins, abusons des médicaments et avons négligé complètement nos plantes médicinales, s’indigne-t-elle, se ravisant aussitôt : «parfois ça marchait, mais souvent ça ne marchait pas».

Quant aux rituels et croyances, elles en rient de bon cœur : «On voyait des personnes tomber en syncope et on disait qu’elles étaient possédées par le démon. Aujourd’hui, on sait que ce sont des crises d’épilepsie ou alors simplement des personnes qui font une crise de diabète. On leur mettait alors une clé dans la main pour les ranimer. Quand quelqu’un faisait l’objet d’une thrombose, on disait qu’elle avait été frappée par une mariée».

 Conclusions

Ces aspects de la vie moderne, comme les soins de santé, l’accès à l’eau, à l’électricité sont, à leurs yeux positifs et elles les apprécient mais à leur juste -très juste- valeur, car leur Rif, reste leur Rif, leur terre reste leur terre. Comme l’illustrent ces témoignages : «Je n’aime que ma belle campagne. Aujourd’hui quand je vais en ville, je veux rentrer chez moi car je me meurs là-bas. J’aime ma campagne dans laquelle je me sens libre et où je peux sortir à ma guise». «J’aime mon Rif et la ville je ne la supporte pas. Ma fille habite en ville mais je ne veux quitter ni mon village ni ma maison. La vie est meilleure ici. Notre village est aéré, l’air y est pur. Tous nos proches et familles y sont enterrés».

 Aïcha El Khattabi

La deuxième partie de mon intervention va nous mener chez Aïcha El Khattabi, la fille cadette de Moulay Mohand. Chaque fois que je rencontre Aïcha et sa sœur Meriem, ce n’est pas une visite ou une rencontre anodine. C’est un rendez-vous avec  l’histoire, avec le Rif, avec les émotions… A commencer par les lieux, lorsqu’on arrive dans un clos entièrement occupé par la famille El Khattabi. Les villas des membres de la famille sont appelées, le plus naturellement du monde, Anoual, Anoual II, Anoual III, du nom de l’endroit où Abdelkrim a contraint l’armée espagnole à battre en retraite, le 21 juillet 1921. En outre, le clos qui renferme les villas des membres de la famille El Khattabi se trouve à un jet de pierres de la grande avenue Abdelkrim El Khattabi.

La maison d’Aïcha est un musée, dans lequel elle égrène ses souvenirs, au gré des objets et photos qui la composent. Dans l’entrée, trônent des photos de son père, l’illustre Abdelkrim El Khattabi dont la mémoire plane encore et toujours sur tous les Marocains et plus particulièrement les Rifains. Cette image-symbole n’a pris une ride et il importe de la nourrir, de l’entretenir et de la préserver pour qu’elle participe à la vivacité de notre mémoire collective. Aïcha est du même avis. Elle a longtemps tenu sa vie au secret mais aspire aujourd’hui à la dévoiler. «C’est l’âge, peut-être», sourit-elle. Si l’on a beaucoup écrit sur Abdelkrim, sur l’histoire de la guerre du Rif, tant dans ses aspects organisationnels que stratégiques, il n’en demeure pas moins que jamais une voix féminine ne s’est fait entendre, laissant ainsi toute la part privée de l’homme, du père, de l’époux dans l’ombre. C’est ce qui a principalement motivé mes entretiens avec Aïcha et Meriem El Khattabi.

Lors de notre première journée d’entretien, Aïcha ouvre soigneusement un petit paquet qui contient 2 cuillères, 2 fourchettes et un couteau que son père utilisait et qu’elle a récupérés à sa mort. Le paquet renferme également une serviette qu’il utilisait quand il prenait ses repas. D’un autre sachet, elle sort, avec autant de précautions, deux paires de lunettes, dont il subsiste trois branches et deux verres de couleur différente. Sa collection se compose aussi de quatre djellabas que lui a remises son oncle maternel, Mohamed Boujibar (qui est par ailleurs également son beau-père, par le mariage avec son cousin maternel Mustapha Boujibar), avant qu’il ne décède, m’explique-t-elle. «Elles ont été portées pendant la guerre du Rif ; l’une par mon père, l’une par mon oncle paternel M’Hamed, une troisième par Mohamed Boujibar et la quatrième j’en ignore le propriétaire. Ces djellabas ont une grande valeur affective mais aussi historique car elles sont une trace d’une période de l’histoire importante dans la vie du Maroc».

Dans les effets personnels d’Abdelkrim, sa chéchia occupe  une place de choix dans la Villa Anoual occupée par Aïcha. Une chéchia qu’Abdelkrim porte très souvent, comme en attestent de nombreuses photos mais aussi l’usure de son étoffe. Ces objets sont des trésors et des témoins de l’Histoire, mais malgré cela, Aïcha demeure profondément frustrée. «J’ai été très insouciante, voire négligente et je ne réalisais pas à quel point les objets et souvenirs de mon père étaient importants. Aujourd’hui je récupère les objets et les souvenirs, comme des miettes. Il en va de même pour les entretiens que je n’ai pas eus avec mon père. Je ne l’ai pas questionné, alors qu’il était une mine d’or au niveau de l’information sur une période très importante de l’histoire du Maroc et d’une grande partie géographique du pays». Alors du plus profond de ses souvenirs, elle tente d’exhumer des bribes, des morceaux de discussions qu’elle a eues avec ses parents, avec ses frères, son beau-père… C’est qu’Aïcha est née sur l’Ile de la Réunion, en contexte d’exil et n’a donc pas vécu les moments les plus forts de la vie de sa famille. En outre, elle est née le 1er avril 1942, soit plus de deux décennies après la guerre du Rif et l’exil vers l’île de la Réunion.

Mais elle se souvient de quelques anecdotes, comme celle de la naissance d’Omar El Omar El Khattabi, né de l’union entre Abdeslam (oncle paternel d’Abdelkrim El Khattabi) et son épouse Fatima, sur le bateau qui emmenait Abdelkrim et les siens, loin de son pays et de la terre qu’il aura défendu ardemment, avec ses alliés, afin de le neutraliser et de l’empêcher d’inoculer le moindre germe de velléité dans sa communauté, voire dans tout le Maroc, en proie à l’occupation française et au protectorat espagnol. La naissance d’Omar El Khattabi était souvent commentée par les femmes qui accompagnaient Abdelkrim, lors de cette traversée subie. Sur une photo en noir et blanc qui lui a été remise par une amie, figure un groupe dans lequel elle distingue quelques unes des femmes dont il est question. Cette photo aurait été prise la veille du départ de l’île de la Réunion vers le Caire et réunit un groupe de femmes et de jeunes filles, figées, le regard grave et le visage n’affichant aucun sourire. Aïcha scrute attentivement la photo et désigne quelques femmes qui lui sont familières tandis que certaines ont été entièrement estompées de sa mémoire. Elle se soumet à un grand effort de concentration et énumère les femmes qui l’entourent sur cette photo où elle figure, enfant : «Ici, c’est Thaïmount (surnom de Mimouna), la femme de mon père et Fadma, ma maman. Celles-ci sont Fatima Seddik et Zineb, deux de nos gouvernantes et Messaouda, une esclave affranchie par mon père, Rahma et Mamasse, mes cousines…».

De l’île de la Réunion, Aïcha garde de bons souvenirs, même si elle voyait souvent sa mère pleurer. «Mais moi, en tant qu’enfant, je jouais et je m’amusais. On était très bien logés à la Villa Castel fleuri, et on recevait beaucoup de cadeaux, de magnifiques jouets qui nous venaient de pays étrangers dont la France». Aïcha sonde dans le plus profond de sa boîte à souvenirs et en remonte les souvenirs olfactifs en s’écriant «je n’oublierai jamais non plus cette odeur de jacques». Devant ma méconnaissance de ce jacques, elle m’explique qu’il s’agit d’un fruit qui poussait sur de grands arbres dans leur jardin. «C’est un fruit énorme, dont on mangeait les drupes et que je n’ai plus jamais vu ou mangé depuis notre départ de l’Ile de la Réunion». Et dans les allées agrémentées, entre autres, de jacquiers, elle se revoit, enfant, jouant à la marelle, aux billes, à saute-mouton. Parfois, toute la famille partait faire un pique-nique et les mamans s’installaient sous les arbres et profitaient de la nature verdoyante. Mais ces paysages magnifiques avaient aussi des revers, quand dame nature se déchaînait, au moment des cyclones, alors «on barricadait les fenêtres et on se terrait dans notre immense maison».

Quant à son père, elle le revoit, les mains croisées dans le dos, faire des allées/venues le long de l’allée des cocotiers. «Il était triste, ça c’est sûr, c’est ce dont je me souviens clairement». Parfois il se rendait à la chasse et partait avec son frère et ses amis dans les environs et tuaient du gibier».

Aïcha n’a pas été à l’école, contrairement aux garçons qui pouvaient quitter la villa mais bénéficiait de cours à domicile, dispensés par Mademoiselle Ferak. «C’était une vieille maîtresse, qui n’était pas mariée et à qui je menais la vie infernale, sourit-elle. Elle nous apprenait le français mais je n’aimais pas le cours, et je ne pensais qu’à m’amuser. J’abusais aussi de l’indulgence de mon papa qui nous passait beaucoup de nos caprices et ne pouvait pas nous gronder, surtout moi, qui en tant que cadette, étais très gâtée». Un papa qui couvrira toujours ses manquements et prendra sa défense devant ses fils. «Quand j’étais adolescente, mes frères se plaignaient de moi auprès de mon père car la musique rock que j’écoutais faisait vibrer les murs. Alors il disait à mes frères «ne faites pas attention à elle, elle est un peu folle». Une manière de se dédouaner de son faible pour sa fille et de ne pas éveiller les jalousies des garçons devant ce qu’ils pouvaient considérer comme un parti pris pour la petite dernière et ses bêtises. Des bêtises parfois dangereuses qu’elle appelle, d’un air angélique,  «expériences», comme celle de manger des fruits que les parents lui avaient interdit de toucher car ils pouvaient l’empoisonner.

Abdelkrim décède le 6 février 1963. Il laisse un grand vide dans la famille dont la vie avait été entièrement organisée autour de lui. L’homme va quitter ce bas monde sans avoir pu revoir son Rif natal et sera enterré au Caire, au cimetière des Martyres.

Sa dépouille restée en Egypte finira de faire de lui une véritable icône tant au Maroc, et plus particulièrement dans le Rif, que dans le monde entier. Quant à Aïcha, elle décide de se marier avec son cousin maternel, Mustapha Boujibar, fils de son oncle maternel et compagnon de route de son père. Ce mariage fait suite à une rencontre avec ce bel homme, tout droit sorti de ses études de médecine qui vient leur rendre visite au Caire pour connaître sa tante maternelle. C’était aussi l’occasion pour lui de faire un petit retour aux sources. Le jeune homme est attiré par Aïcha, ce qui n’est pas pour déplaire à sa famille mais la jeune fille, malgré l’attirance qu’elle éprouve aussi pour celui qui deviendra son époux, redoute de quitter sa famille et de se retrouver déracinée, loin des siens. Dans un pays qui, même s’il est le sien, ne l’a pas vu grandir. C’est certes l’amour qui estompera ses doutes et ses craintes mais aussi la volonté de rendre un hommage à la volonté de son père Abdelkrim. Elle sait qu’il désirait, plus que tout, que ses enfants, retrouvent leur pays d’origine, celui pour lequel il avait payé le lourd tribut de l’exil et du déracinement. C’est ainsi, qu’elle prend la route pour le Maroc, en 1964.

«L’exil nous a donné beaucoup de défauts», confesse Aïcha. «Comme celui, par exemple, de ne pas faire de fête. Même pour les grands événements, comme les mariages, car nous étions des exilés, et donc, nous nous condamnions à porter cette tristesse. Pour mon mariage, aussi, mon frère Saïd ne voulait pas qu’on fasse la fête. Il disait «nous sommes en deuil, en exil et faire la fête est inconvenant».  Son cousin et futur beau-frère, à force d’insistance, finit par obtenir gain de cause. Et c’est ainsi que le mariage qui allait unir Aïcha El Khattabi et le Docteur Mustapha Boujibar, sonna le glas de cette période d’auto-censure à laquelle se condamnaient les proches d’Abdelkrim El Khattabi. Pour leur mariage, une grande fête qui réunit les frères d’Aïcha, sa sœur Meriem, sa maman, sa belle-sœur Doraïa… s’organise, à El Jadida, au Maroc, le 26 septembre 64. Le jeune couple, prend la route du voyage de noces, qui le mène à Paris, en Italie et à Madrid.

A leur retour, après quelques jours, la fratrie et la maman d’Aïcha retournent au Caire. «Je me retrouve, au Maroc, sans ma famille, avec des habitudes différentes. Presque tout était différent pour moi, même la nourriture et je me sentais vraiment étrangère dans ce pays dont je ne maîtrisais pratiquement aucun code. J’ai vécu le déchirement total, raconte-t-elle. Je laissais toute ma famille derrière moi en Egypte et je n’avais aucune famille ici. Heureusement il y avait Rouquaïa, la sœur de ma mère, qui vivait à Casablanca. Elle a été mon lien sentimental très fort et est devenue en sorte, ma deuxième maman».

La présence de sa tante maternelle arrivera quelque peu à atténuer sa nostalgie, mais la douleur de ne pas vivre avec sa famille proche restera toujours lancinante, jusqu’au jour où sa maman et sa sœur Meriem viendront la rejoindre pour vivre à Casablanca. De ces beaux moments familiaux, il ne reste que quelques photos figées mais aussi un petit film, muet, tourné par Doraïa, la belle-sœur d’Aïcha, épouse de son frère Abdelmounaïm qui donne un très bref aperçu de l’intimité familiale. D’une durée de 4 minutes, le film laisse à voir la famille dans une des pièces de la grande villa du Caire et dans le jardin. On y voit Abdelkrim, entouré de son épouse, de sa fille Aïcha, de ses fils Abdelmounaïm et Idriss.

La date du 6 février 1963 est une date traumatique pour Aïcha. «Pour moi,  mon père était immortel et je ne pouvais imaginer sa mort. Je ne pouvais surtout pas imaginer qu’il partirait sans avoir rejoint sa terre natale. Il en parlait toujours et jusqu’à la fin de sa vie, enfermé dans sa petite chambre, son Rif lui aura manqué». Il en sera de même avec sa maman, la grand-mère maternelle d’Aïcha, qui rendra l’âme sur l’île de la Réunion. «Chaque fois qu’on lui posait une question, invariablement elle nous répondait «quand on rentrera chez nous» mais elle a vécu dans le deuil permanent de son pays».

Abdelkrim est mort durant son sommeil et n’a laissé aucune dernière consigne à ses enfants mais Aïcha porte en elle de solides enseignements qu’elle dit tenir de son père. «Même s’il ne nous a laissé aucun message avant sa mort, de son vivant, il n’arrêtait pas de nous conseiller de venir en aide aux plus pauvres, de nous dire que tous les individus sont égaux, quelle que soit leur nationalité, leur religion. Je trouve, avec le recul, qu’il avait un caractère fort et qu’il était juste. Quand il nous voyait aimer les belles choses (vêtements, bijoux, parfums) il nous disait de nous méfier des futilités et de ne pas les laisser nous éloigner de l’essentiel, c’est-à-dire des valeurs humaines». Il lui a laissé aussi le sens de l’humilité, du partage, du non-gaspillage. Aïcha qui a été membre du Conseil des Droits de l’Homme au Maroc, se sent toujours investie d’une mission, celle de dénoncer les injustices et de ne jamais les accepter.

«J’ai gardé cela de papa qui n’aurait jamais pu laisser quelqu’un dans le pétrin. Quand il recevait des gens nantis à la maison, il ne faisait aucune demande expresse pour le recevoir. Mais s’il recevait des personnes modestes ou pauvres, il demandait que leur soit offerte la meilleure des nourritures. Quant à lui, il vivait comme un ascète, dans le dénuement presque total dans sa petite  pièce. Et il est mort en vrai Rifain. Fort et têtu».

 

*Intervention de Fatiha SAIDI

Colloque international «Abdelkrim, de la tribu à  la république»

Bruxelles, le 10 mai 2013

 

 

 

 

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